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Of Gods and Men

Algeria, 1996. In the wake of attacks by the Armed Islamic Group, an order of Trappist monks ignore warnings to evacuate and stand by their community by remaining in their Tibhirine monastery.



Réalisateur: Xavier Beauvois
Acteurs: Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin
Production year: 2010

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Générique d'ouverture


Citation : Je l'ai dit: vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous! Pourtant, vous mourrez comme des hommes, comme des princes, tous vous tomberez!

-Bible, Psaume 81


Dans la chapelle d'un monastère, huit moines se réunissent pour la prière. Ils se placent en deux rangées et commencent à psalmodier.


Titre :
Des hommes et des dieux


FRÈRE CHRISTIAN (Narrateur)

(Psalmodiant)

Seigneur ouvre mes lèvres ♪


TOUS

(Psalmodiant)

Et ma bouche

publiera ta louange ♪


FRÈRE CHRISTIAN

Seigneur ouvre mes lèvres ♪


TOUS

Et ma bouche

publiera ta louange ♪


Plus tard, les moines sont chacun assis à un pupitre et lisent en silence.


À un autre moment, FRÈRE LUC est dans un petit bureau du monastère. Il enfile un manteau et une tuque avant de faire l'inventaire des médicaments.


FRÈRE LUC

Alors...

Aspirin.

Sirop contre la toux.

Non.


Le soleil se lève. NOUREDINE longe un village algérien pour se diriger jusqu'au monastère. Devant le monastère, il croise un homme et sa fille RABBIA travaillant sur le terrain.


NOUREDINE

(Propos traduits de l'arabe)

Il y a du thé chaud.


NOUREDINE poursuit son chemin.


RABBIA

(Propos traduits de l'arabe)

Aide-moi, papa.


NOUREDINE rencontre le frère LUC, qui sort du monastère.


NOUREDINE

Bonjour, Frère Luc.


FRÈRE LUC

Ah, Nouredine.

Labesse?


NOUREDINE

Ça va?


FRÈRE LUC

Oui.


NOUREDINE

Tiens, samedi, il y a

la khtana de Jamel.


FRÈRE LUC

Ah bon. Ça va être la fête?


NOUREDINE

Oui. Bien sûr,

vous êtes tous invités.

Tu viendras?


FRÈRE LUC

Oui, avec plaisir.


NOUREDINE

D'accord. À tout

à l'heure, bon courage.


FRÈRE LUC

Oui, toi aussi.


LUC entre dans son cabinet de médecin, adjacent au monastère. NOUREDINE quitte le terrain du monastère par une porte à côté de laquelle, sur un muret, se trouve une affiche annonçant les heures de visite du médecin. Plusieurs personnes attendent en file devant la porte, dont une femme et son enfant. NOUREDINE s'adresse à l'enfant.


NOUREDINE

(Propos traduits de l'arabe)

Petit monstre! Tu es là?

Pas d'école aujourd'hui?


Plus loin à l'écart de la file se tient le FRÈRE AMÉDÉE. NOUREDINE va lui serrer la main.


Dans le cabinet, LUC examine une petite fille avec une grosse plaie sur le front. LUC s'adresse à la mère de l'enfant.


FRÈRE LUC

C'est bien. C'est presque sec.

Alors, il faudra pas

remettre de pansement.

C'est pas la peine.

Et puis, pas la mettre

au soleil, surtout pas.

Ça, c'est dangereux, défendu.

Voilà. Bon, alors,

je suis très content.

Bisou.


LUC donne un bisou sur la tête de la petite fille.


FRÈRE LUC

(S'adressant à la mère)

Qu'est-ce qu'il y a?


Gênée, la mère baisse la tête. LUC remarque que les sandales de la mère sont brisées.


FRÈRE LUC

Ah oui, je vois.

Oh là là, c'est grave, hein.

Bon, je reviens.


LUC va dans la pièce arrière de son cabinet et fouille dans une boîte d'objets divers.


Plus tard, la mère et la fille sortent du cabinet. La mère porte des chaussures neuves.


Plus tard, NOUREDINE construit un petit muret autour du cimetière du monastère. Il est aidé du FRÈRE CHRISTOPHE, qui se tient à côté d'une brouette remplie de ciment. CHRISTOPHE regarde au loin, l'air rêveur.


NOUREDINE

Tu dors, mon frère?


FRÈRE CHRISTOPHE

Excuse-moi.


CHRISTOPHE prend une pelletée de ciment dans sa brouette.


NOUREDINE

Tu peux en mettre là.


Au monastère, FRÈRE JEAN-PIERRE fait sonner la cloche. Les moines se réunissent et enfilent leur toge.


Plus tard, FRÈRE CHRISTIAN travaille à son bureau, sur lequel sont éparpillés plusieurs livres. Parmi les titres, on peut lire «Dialogues avec le Christ, moines en psychanalyse», «La règle de Saint-Benoît», «Le Coran» et «Les Fioretti de saint François d'Assise». CHRISTIAN s'arrête subitement d'écrire et consulte un passage du Coran. Il dépose le Coran et continue d'écrire.


De son côté, CHRISTOPHE entretient le potager du monastère.


Au village, une fête est célébrée pour le khtana du petit JAMEL. NOUDERINE tient JAMEL dans ses bras et JAMEL est acclamé par des dizaines de villageois qui l'applaudissent. JAMEL est emmené à l'intérieur d'une maison, dans laquelle entre également LUC, CHRISTOPHE et CHRISTIAN.


À l'intérieur, plusieurs personnes assistent à la cérémonie. JAMEL cogne des clous pendant la prière de l'imam.


IMAM

(Propos traduits de l'arabe)

Guide-nous dans le droit chemin,

le chemin de ceux

que Tu as comblés de faveurs,

non pas ceux qui ont encouru

Ta colère, ni des égarés.


TOUS

Amen.


IMAM

(Propos traduits de l'arabe)

Le Messager a cru

en ce qu'on a fait descendre vers lui

venant de son Seigneur

et aussi les croyants:

tous ont cru en Dieu,

en Ses anges,

à Ses livres et en Ses messagers;

«Nous ne faisons aucune distinction

entre Ses messagers.»

Ils ont dit:

«Nous avons entendu et obéi.

Seigneur, nous implorons Ton pardon.

C'est à Toi que sera le retour.»

Dieu n'impose à aucune âme

une charge supérieure

à sa capacité.

Elle sera récompensée

du bien qu'elle aura fait,

punie du mal qu'elle aura fait.

Seigneur, ne nous châtie pas

s'il nous arrive d'oublier

ou de faire une erreur.

Seigneur!

Ne nous charge pas

d'un fardeau lourd

comme Tu as chargé

ceux qui venaient avant nous.

Seigneur!

Ne nous impose pas

ce que nous ne pouvons supporter,

efface nos fautes, pardonne-nous,

et fais-nous miséricorde.

Tu es Notre Maître,

accorde-nous donc la victoire

sur les peuples infidèles.


Dans une autre pièce, les femmes discutent entre elles en arabe.


Au monastère, FRÈRE JEAN-PIERRE et FRÈRE CÉLESTIN préparent des pots de miel étiquetés «Miel de l'Atlas».


À un autre moment, CHRISTOPHE et JEAN-PIERRE installent leurs pots de miel sur un étal au souk du village.


À côté du monastère, LUC discute avec RABBIA.


RABBIA

Mais... mais comment on sait

quand on est vraiment amoureux?


FRÈRE LUC

Il y a...

quelque chose

en vous qui s'émeut

à la présence d'un être...

qui est incontrôlable

et qui fait que le coeur

bat généralement.

Et... c'est une attirance,

c'est un désir, c'est...

C'est très, très beau.

Donc, faut pas trop se poser

de questions, tu sais.

C'est un état de fait.

On est comme ça

et tout d'un coup...

C'est le bonheur,

enfin l'espoir du bonheur,

c'est un tas de choses.

Enfin, c'est un trouble,

un trouble, un grand trouble,

surtout quand c'est

la première fois.


RABBIA pousse un petit rire et hausse les épaules.


FRÈRE LUC

Mais dis-moi, ton père

m'avait parlé de Khaled.


RABBIA

Non, mon père, il parle trop.

Ah non, moi, je veux pas.

Bien, tu vois,

ce que tu m'expliques,

moi, Khaled, ça me fait

rien quand je le vois.


FRÈRE LUC

Oui, bien, alors, c'est

que c'est pas très sérieux.


RABBIA

C'est mon père

qui veut. Moi...


FRÈRE LUC

Là, c'est un autre problème.


RABBIA

Oui.


LUC et RABBIA restent un moment silencieux.


RABBIA

Toi, t'as déjà été amoureux?


FRÈRE LUC

Oui. Plusieurs fois, oui.

Puis après, il est

arrivé un autre amour,

tu vois, plus grand encore.

Et voilà, j'ai répondu

à cet amour-là.

Ça fait longtemps maintenant.

Plus de 60 ans, oui.


RABBIA

Ah oui.


Plus tard, LUC et CHRISTOPHE se promènent dans le cimetière du monastère. CHRISTOPHE ramasse quelques brindilles qui traînent sur le sol et les lance plus loin.


En soirée, les huit moines se réunissent pour chanter des chants religieux en latin.


À un autre moment, FRÈRE MICHEL va à la réserve de bois et place des bûches dans une brouette.


JEAN-PIERRE est dans son bureau et discute avec une femme. Il remplit un document pour elle.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Ah oui.

Ici, il faut mettre

l'adresse de ton fils.

Il n'habite plus avec toi?


FEMME

Non, il habite

loin maintenant.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Hum-hum.


La femme remet une lettre à JEAN-PIERRE.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Eh bien, voilà.

Alors...

(Écrivant sur le document)

Abdallah... Taroudi.

13, rue d'Étretat.


FEMME

Hum-hum.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Le Havre.


JEAN-PIERRE remet la lettre à la femme.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Voilà.

Ah oui et puis là,

ils demandent deux photos.

Tu as des photos?


FEMME

Non.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Non?

Écoute, mardi, on va au marché.

On pourrait t'emmener.

Et on ferait des photos.

D'accord?


FEMME

D'accord.


CHRISTOPHE, CHRISTIAN, LUC et MICHEL marchent dans le village. En chemin, ils doivent passer sous la corde à linge d'une femme. En soulevant la corde, CHRISTIAN fait tomber un vêtement. Il le redonne à la femme.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Oh, ah, pardon.


Plus tard au monastère, CHRISTIAN et LUC discutent avec deux villageois nommés HADJI et SIDI LARBI.


SIDI LARBI

Ma cousine de Mostaganem...

ils ont tué sa petite-fille...

... cet après-midi.

Elle a 18 ans, Samira.

Ils l'ont poignardée

dans le bus,

avec un coup de couteau

dans le coeur.

Un chien. Ils l'ont jetée

comme un chien.

Et pour un voile.

Parce qu'elle avait pas

le hidjab.


HADJI

Qu'est-ce qu'ils ont,

ces gens? Qu'est-ce qu'ils ont?

Je ne comprends plus rien.


SIDI LARBI

Vous trouvez ça normal?

Le Bon Dieu

l'a dit dans le Coran:

celui qui tue son frère,

il va à l'enfer.


HADJI

C'est des gens qui

prétendent être religieux.

Ils n'ont même

pas lu le Coran.

Dans le Coran,

c'est écrit comme ça.


SIDI LARBI

Vous trouvez ça...

C'est logique, ça?


FRÈRE LUC

Mais non.


SIDI LARBI

Regarde qu'est-ce

qui se passe en France.

Les écolières,

elles font le scandale

pour mettre le voile.

Le monde, il devient fou,

Christian.


HADJI

C'est vrai.

Ils tuent les imams aussi.


SIDI LARBI

Il a raison. Ils ont tué

encore un imam dans la rue.

Où on va?

Je sais pas qui c'est

qui fait ça.

Je sais pas qui c'est,

je sais pas si Dieu le sait.


HADJI

C'est nouveau, ça.

On ne comprend plus rien.

Qui tue qui?


FRÈRE CHRISTIAN

Nous allons prier pour Samira

et pour toute sa famille.


SIDI LARBI

Qui rentrera au paradis.


HADJI

(Propos en arabe)

Inch'Allah.


SIDI LARBI

(Propos en arabe)

Inch'Allah.


FRÈRE CHRISTIAN

(Propos en arabe)

Inch'Allah.


Plus tard, les huit moines sont réunis au monastère et prient en silence.


Sur un chantier de construction, un homme algérien discute avec un homme caucasien devant un barbecue. D'autres hommes caucasiens discutent à une table plus loin.


HOMME ALGÉRIEN

Oh oui, pas à moi.


HOMME CAUCASIEN

Les moutons, c'est qui?


HOMME ALGÉRIEN

C'est Haji.


Plusieurs voitures arrivent en vitesse. Des terroristes armés de fusils d'assaut en descendent. Les terroristes tabassent les hommes caucasiens et ouvrent le feu. L'homme algérien regarde la scène d'un air hébété. Un des terroristes pointe son fusil sur lui.


TERRORISTE

(Propos traduits de l'arabe)

Dégage!


L'homme caucasien se fait maîtriser par deux terroristes. Leur chef, ALI FAYATTIA, leur donne un ordre.


ALI FAYATTIA

(Propos traduits de l'arabe)

Tue-le!


Un des terroristes tranche la gorge de l'homme caucasien.


Le premier terroriste force l'homme algérien à partir en le frappant avec la crosse de son fusil.


TERRORISTE

(Propos traduits de l'arabe)

Dégage!


Un autre homme caucasien se fait trancher la gorge, sous l'ordre d'ALI FAYATTIA.


L'homme algérien s'enfuit en courant, chassé par le terroriste.


TERRORISTE

(Propos traduits de l'arabe)

T'en con ou quoi?


Un groupe de personne s'agglutine au village. RABBIA quitte ce groupe pour courir jusqu'au monastère.


Devant le monastère, FRÈRE PAUL et FRÈRE MICHEL courent rejoindre FRÈRE CHRISTIAN, FRÈRE CHRISTOPHE et NOUREDINE.


FRÈRE PAUL

Christian!

Christian!


FRÈRE CHRISTIAN

Quoi?


FRÈRE PAUL

Ils ont tué les Croates.


FRÈRE CHRISTIAN

Quoi?


FRÈRE PAUL

Nos amis, les Croates

du chantier.

Ils les ont égorgés. Tous. Tous.


CHRISITAN est bouleversé. Il pousse un soupir rempli de désarroi.


Plus tard, des voitures de l'armée sont devant le monastère. OMAR, un haut fonctionnaire, discute avec CHRISTIAN, PAUL et CÉLESTIN.


OMAR

Votre monastère doit

avoir une protection militaire.


FRÈRE CHRISTIAN

Je pense que ce n'est pas

souhaitable, non.


OMAR

Comment pouvez-vous dire ça?

Vous êtes juste à 20 kilomètres

des meurtres d'hier.

Les atrocités vont recommencer.


FRÈRE CÉLESTIN

Je crois que la proposition

du Walli demande réflexion.


OMAR

Et il y a les familles

qui habitent ici.

Réfléchissez aux conséquences.


FRÈRE CHRISTIAN

Ma décision est prise.

Je refuse.


OMAR

Parlons-en à l'intérieur.

Vous voulez bien?


OMAR, les moines et quelques soldats entrent dans la cour intérieure du monastère.


FRÈRE CHRISTIAN

Je veux bien fermer

le monastère à 19h30

et ne plus accepter

de visiteurs la nuit.


OMAR

Vous croyez franchement

que ça suffira?

Vous ne savez pas

à qui vous avez affaire.


CHRISTIAN s'éloigne.


OMAR

(S'adressant à PAUL et CÉLESTIN)

Essayez de le raisonner.

Votre ligne téléphonique

fonctionne?


FRÈRE PAUL

Oui, on peut pas se plaindre.


OMAR

Appelez-nous avant

qu'il ne soit trop tard.


OMAR et les soldats s'en vont.


Plus tard, les moines sont réunis au monastère pour une messe. Trois autres personnes y assistent.


MOINES

(Psalmodiant)

♪Puisqu'il est avec nous

pour ce temps de violence ♪

♪ Ne rêvons pas

qu'il est partout

sauf où l'on meurt ♪

♪ Pressons le pas ♪

♪ Tournons vers lui

notre patience ♪

♪ Allons à l'homme

des douleurs

qui nous fait signe

sur la croix ♪

♪ Puisqu'il est avec nous

comme à l'aube de Pâques ♪

♪ Ne manquons pas le rendez-vous

du sang versé ♪

♪ Prenons le pain ♪

♪ Buvons la coupe du passage ♪

♪ Accueillons-le qui s'est donné

en nous aimant jusqu'à la fin ♪


CHRISTIAN préside la messe.


FRÈRE CHRISTIAN

Par lui, avec lui et en lui,

à toi, Dieu le Père

tout-puissant,

dans l'unité du Saint-Esprit,

tout honneur et toute gloire,

pour les siècles des siècles...


TOUS

Amen.


Plus tard, les moines discutent autour d'une table.


FRÈRE CÉLESTIN

(S'adressant à CHRISTIAN)

Comment as-tu pu

prendre cette décision

sans réellement nous consulter?

L'heure est trop grave

pour nous tous.


FRÈRE CHRISTIAN

Et qu'aurais-tu fait

à ma place?


FRÈRE CÉLESTIN

J'aurais attendu

de vous avoir parlé

pour connaître

la position de chacun.


FRÈRE CHRISTIAN

Et pour répondre quoi,

au final?


FRÈRE JEAN-PIERRE

Et peu importe la réponse.

C'est le principe même

de la communauté

qui est remis en question

dans ton attitude.


FRÈRE CHRISTIAN

Bien. Alors,

qui veut aujourd'hui

la présence de l'armée

dans le monastère?


Personne ne répond.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Tu ne veux pas comprendre

ce que nous te disons.


FRÈRE CHRISTIAN

Je comprends très bien.

Mais aucun d'entre nous n'a pris

la décision de vivre ici

pour être sous la protection

d'un gouvernement corrompu.

Dites-moi si j'ai tort.


Encore une fois, personne ne répond. AMÉDÉE va pour parler, mais se ravise.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Christian, nous ne t'avons pas

élu pour décider seul.


CHRISTIAN reste sans mots.


FRÈRE CHRISTOPHE

Et qu'est-ce qu'on fait

s'ils viennent au monastère?

On se laisse tuer gentiment?


CHRISTIAN prend un bref moment avant de répondre.


FRÈRE CHRISTIAN

C'est un risque, oui.

Mais nous avons été

appelés à vivre ici,

dans ce pays avec ce peuple,

qui a peur lui aussi.

Nous allons...

vivre avec cet inconnu.


FRÈRE CHRISTOPHE

Personnellement, je suis pas

venu ici pour participer

à un suicide collectif.


FRÈRE LUC

On pourrait

peut-être déterminer

ce que chacun de nous peut faire

s'ils viennent jusqu'ici?


FRÈRE CHRISTOPHE

Qu'est-ce que tu veux faire?

Regarde les Croates.


FRÈRE LUC

Bien jouer à cache-cache.


LUC sourit tristement.


Le soir venu, AMÉDÉE s'assure que les portes de la cour intérieure sont bien fermées. Il ferme l'une d'entre elles avec un billot de bois.


Plus tard, AMÉDÉE se fait ausculter par LUC, qui place un stéthoscope sur son dos.


FRÈRE LUC

Tousse un peu.


AMÉDÉE tousse légèrement.


FRÈRE LUC

Encore.


AMÉDÉE obéit.


FRÈRE LUC

Tu nous enterras tous.


Plus tard, les huit moines sont dans la chapelle et prient en silence.


Le lendemain, CÉLESTIN se promène au village et rencontre HADJI devant son commerce de photocopies.


FRÈRE CÉLESTIN

Bonjour, Hadji. Ça va?


HADJI

Bonjour. On t'a pas

encore coupé la tête?


FRÈRE CÉLESTIN

Je m'en fiche.

Ils peuvent bien la prendre,

ma tête. Je peux?


HADJI

Tu peux. Vas-y.


CÉLESTIN fait photocopier des chants religieux. À la télévision de la boutique sont diffusées des images de la guerre. CÉLESTIN est bouleversé par les images d'hommes sur une échelle de pompiers aidant une famille dans un immeuble démoli à faire descendre leur enfant.


MICHEL est dans la cuisine du monastère. JEAN-PIERRE y entre pour déposer un cageot. MICHEL remet une liste à JEAN-PIERRE.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Les routes sont bouclées.

J'irai pas à Meznir

aujourd'hui.

Après ce qui s'est passé...


JEAN-PIERRE s'en va. MICHEL pèle des légumes, l'air troublé.


CHRISTOPHE conduit un tracteur pour labourer les terrains du monastère.


Plus tard, CHRISTOPHE et RABBIA sèment des graines sur le terrain labouré. Ils s'arrêtent pour contempler leur travail d'un air satisfait.


Dans le monastère, CHRISTIAN parle au téléphone.


FRÈRE CHRISTIAN

Non, nous n'avons

besoin de rien.

Je... je vous le ferai savoir.

Noël est dans une semaine et...

Vous savez à quel point

c'est important pour nous

d'être tous ici ensemble.

Merci encore.

À très bientôt.


À l'heure du repas, les moines mangent en écoutant JEAN-PIERRE lire un article à voix haute.


FRÈRE JEAN-PIERRE

«Accepter notre impuissance

et notre pauvreté radicale

est une invitation,

un appel pressant

à créer avec les autres

des relations

de non-puissance.

Reconnaissant ma faiblesse,

je peux accepter

celle des autres

et y voir un appel

à la porter,

à la faire mienne,

à l'imitation du Christ.

Une telle attitude nous

transforme pour la Mission.

La faiblesse en soi

n'est pas une vertu,

mais elle est l'expression

d'une réalité fondamentale

de notre être

qui doit sans cesse

être façonné par la foi,

l'espérance et l'amour.

La faiblesse de l'apôtre

est comme celle du Christ,

enracinée dans la force

du mystère de Pâques

et dans la force de l'esprit.

Elle n'est ni passivité

ni résignation.

Elle suppose beaucoup

de courage

et pousse à s'engager

pour la justice et la vérité,

en dénonçant

l'illusoire séduction

de la force et du pouvoir.»

Fin de l'article.

Nouvel article

de Carlo Carretto,

Le Dieu qui vient.

«Souvent au cours de ma vie,

je me suis demandé

comment Dieu pouvait agir

de manière si étrange.

Pourquoi garde-t-il

si longtemps le silence?

Pourquoi la foi

est-elle aussi amère?»


À un autre moment, CÉLESTIN est seul dans la chapelle et installe une crèche de Noël et des cierges en chantant.


FRÈRE CÉLESTIN

(Chantant)

Plus rien n'existe

hormis l'amour ♪

♪ Hormis l'amour

qui se dessine ♪

♪ En séparant

le sable et l'eau ♪

♪ Dieu préparait

comme un berceau ♪

♪ La terre

où il viendrait au jour ♪

♪ Voici la nuit

l'heureuse nuit de Palestine ♪

♪ Et rien n'existe

hormis l'enfant ♪

♪ Hormis l'enfant

de vie divine ♪


À la tombée du jour, CÉLESTIN est dans la cour intérieure du monastère et se dirige vers la porte. Des terroristes y entrent et pointent leur fusil d’assaut sur CÉLESTIN, qui lève ses mains en l'air.


FRÈRE CÉLESTIN

Qu'est-ce que vous...?


TERRORISTE

C'est toi, le pape?


FRÈRE CÉLESTIN

Non.


TERRORISTE

Où il est, le pape?


FRÈRE CÉLESTIN

Il y a pas de pape ici.


TERRORISTE

Le chef, comment il s'appelle?

Son nom!


FRÈRE CÉLESTIN

Frère Christian.


Le terroriste appelle CHRISTIAN en haussant la voix.


TERRORISTE

Christian!


TERRORISTE 2

Christian!


TERRORISTE

Christian!


TERRORISTE 2

Christian!


CHRISTIAN est dans son bureau avec PAUL et JEAN-PIERRE. Il entend le terroriste l'appeler.


TERRORISTE

Christian!


Les terroristes s'échangent quelques mots d'arabe.


TERRORISTE 2

Christian!


Deux terroristes partent en reconnaissance. Les deux terroristes aperçoivent CHRISTIAN , PAUL et JEAN-PIERRE sortir dans la cour intérieure. Un troisième terroriste fait baisser les mains de CÉLESTIN.


TERRORISTE

(S'adressant à CHRISTIAN)

(Propos traduits de l'arabe)

Qui es-tu?

(Propos en français)

Christian?


Les terroristes emmènent les moines avec eux. De l'intérieur, MICHEL et CHRISTOPHE aperçoivent la scène et s'enfuient.


TERRORISTE

(S'adressant à CHRISTIAN)

Allez!


Les terroristes emmènent les moines devant ALI FAYATTIA, posté à l'entrée de la cour intérieure.


TERRORISTE

(S'adressant à ALI FAYATTIA)

(Propos traduits de l'arabe)

Le voilà.

C'est Christian.


FRÈRE CHRISTIAN

Qu'est-ce que vous voulez?

C'est une maison de paix ici.


ALI FAYATTIA

C'est vous, Christian?


FRÈRE CHRISTIAN

Oui.

On n'entre pas ici

avec des armes.

Si vous voulez nous parler,

vous devez les laisser

à l'extérieur du monastère.

S'il vous plaît.


ALI FAYATTIA

Je m'en sépare jamais.


FRÈRE CHRISTIAN

Alors, suivez-moi,

nous allons discuter dehors.


CHRISTIAN et ALI FAYATTIA sortent pour discuter.


ALI FAYATTIA

J'ai besoin du toubib.

Il doit venir avec nous.


FRÈRE CHRISTIAN

C'est impossible.


ALI FAYATTIA

J'ai trois blessés

qu'il doit soigner

à une heure de route.


FRÈRE CHRISTIAN

Il ne peut pas

partir d'ici. Il est malade,

il est vieux,

il a des crises d'asthme.

Frère Luc a toujours

soigné les blessés

qui viennent

au dispensaire et...

il... il soigne indifféremment

tous ceux qui ont besoin de lui.

Il se fiche de leur identité

et nous continuerons à faire

de la sorte, mais rien de plus.


ALI FAYATTIA

Alors, vous allez

nous donner des médicaments.


FRÈRE CHRISTIAN

Nous manquons de médicaments.

Tous les jours,

nous soignons une centaine

de nos frères musulmans...


ALI FAYATTIA

Assez!

Vous n'avez pas le choix.


FRÈRE CHRISTIAN

Si.

J'ai le choix.

Nous ne pouvons pas vous donner

ce que nous n'avons pas.

Vous n'avez qu'à demander

à vos frères du village.

Ils vous diront que

nous vivons modestement,

avec seulement

les produits de la terre.

Vous connaissez le Coran?

«Et tu trouveras certes

qu'il y a parmi ceux

qui sont disposés

à aimer les croyants

ceux qui disent:

Nous sommes des chrétiens.

Et qu'il y a parmi eux

des prêtres et des moines...»


ALI FAYATTIA

(Propos traduits de l'arabe)

Des prêtres et des moines

et qu'ils sont humbles.


FRÈRE CHRISTIAN

Voilà pourquoi nous sommes

proches de nos voisins.


CHRISTIAN et ALI FAYATTIA restent un moment silencieux. Le chef terroriste faut un signe de tête à ses hommes.


ALI FAYATTIA

(Propos traduits de l'arabe)

Allez, on s'en va.


Les terroristes sortent du monastère et s'éloignent.


FRÈRE CHRISTIAN

Vous savez qu'aujourd'hui,

ce n'est pas un soir

comme les autres?


ALI FAYATTIA

Pourquoi?


FRÈRE CHRISTIAN

C'est Noël.

C'est le moment de l'année

où nous fêtons la naissance

du prince de la paix.


ALI FAYATTIA

Le prince de la paix?


FRÈRE CHRISTIAN

Sidna Aïssa.


ALI FAYATTIA

Jésus.

Excuse-moi alors.

Je ne savais pas.


Le chef terroriste tend la main à CHRISTIAN. CHRISTIAN attend un moment, puis se décide de la serrer. Les terroristes s'en vont.


À l'intérieur du monastère, CHRISTOPHE et MICHEL sont cachés derrière des chaises empilées. JEAN-PIERRE vient les chercher.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Christophe?

Michel?

Allez.

Vous pouvez sortir.

Ils sont partis.

On a rien. On s'en sort.

On s'en sort.


Plus tard, les huit moines sont réunis. LUC administre un médicament par injection à CÉLESTIN. Il pose un pansement par la suite.


FRÈRE LUC

Voilà, tu appuies doucement.

Voilà, avec le doigt.

Il y en a encore un petit peu

là aussi.

Voilà, ça ira comme ça.

Faut pas vous inquiéter.


À la chapelle, les moines célèbrent la messe de Noël. Seul CÉLESTIN reste assis pendant la cérémonie.


MOINES

(Psalmodiant)

♪Voici la nuit ♪

♪ L'immense nuit des origines ♪

♪ Et rien n'existe

hormis l'amour ♪

♪ Hormis l'amour

qui se dessine ♪

♪ En séparant

le sable et l'eau ♪

♪ Dieu préparait

comme un berceau ♪

♪ La terre

où il viendrait au jour ♪

♪ Voici la nuit ♪

♪ L'heureuse nuit de Palestine ♪

♪ Et rien n'existe

hormis l'enfant ♪

♪ Hormis l'enfant

de vie divine ♪

♪ En prenant chair

de notre chair ♪

♪ Dieu transformait

tous nos déserts ♪

♪ En terre

d'immortels printemps ♪

♪ Voici la nuit ♪

♪ La longue nuit

où l'on chemine ♪

♪ Et rien n'existe

hormis ce lieu ♪

♪ Hormis ce lieu

d'espoirs en ruine ♪

♪ En s'arrêtant

dans nos maisons ♪

♪ Dieu préparait

comme un buisson ♪

♪ La terre où tomberait le feu ♪


Les moines s'assoient.


CHRISTIAN est seul. On peut entendre la pluie tomber à l'extérieur. CHRISTIAN regarde au ciel, les larmes aux yeux. Il ferme les yeux très fort.


Dehors, la pluie tombe sur une statue de la Vierge Marie.


Le lendemain, les moines discutent autour d'une table.


FRÈRE AMÉDÉE

Pourquoi ne...

ne pas leur donner

des médicaments?

Nous en avons.


FRÈRE LUC

Eh bien, si vous avez

des médicaments,

moi, ça m'intéresse

vachement.

Non, on peut pas

commencer à négocier.

Tous les jours, ils vont

en demander davantage.


FRÈRE CHRISTIAN

Je suis d'accord avec Luc.


FRÈRE CÉLESTIN

Maintenant, c'est différent.

N'oublie pas qu'on a braqué

une arme sur moi.

Nous ne pouvons plus rester ici

sans risquer notre vie

chaque jour qui passe.

Moi, si je suis devenu moine,

c'est pour vivre,

pas pour me faire tuer

ou égorger gentiment.


FRÈRE CHRISTIAN

Tu as raison, Célestin.

Nous n'avons pas à chercher

le martyr, c'est vrai.


CHRISTOPHE ricane doucement.


FRÈRE CÉLESTIN

Peut-être faut-il partir.

Ou au moins se réfugier

dans une région plus sûre.


FRÈRE AMÉDÉE

Je pense que Célestin...

pose une bonne question.

Ils sont venus et reviendront

plus vite qu'on ne le croit.

Le fait que tu n'aies accepté

aucune de leurs demandes

peut être pris pour

une déclaration de guerre.

N'oublie pas ce qu'ils ont

fait aux Croates.


FRÈRE CHRISTIAN

Mais s'ils avaient

voulu nous tuer,

nous serions déjà tous morts.


FRÈRE PAUL

Peut-être que

Fayattia non plus

n'est pas seul à décider.

Peut-être que d'autres

viendront demain.

Il y a une autre solution.

Partir vraiment.

Je pense que chacun doit

décider selon sa conscience.

Retourner en France

ou partir dans un autre

monastère d'Afrique plus sûr.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Partir, c'est fuir...

et abandonner le village

aux terroristes.


FRÈRE CÉLESTIN

Il faut le faire

progressivement,

pour éviter que le village

soit inquiété.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Ça ne change rien au fond.

Le bon berger n'abandonne pas

son troupeau

à l'heure où arrive le loup.


FRÈRE CHRISTOPHE

Moi, je propose que chacun

de nous se prononce

sur un départ possible.


CHRISTIAN acquiesce silencieusement à la demande de CHRISTOPHE.


FRÈRE CHRISTOPHE

Jean-Pierre?


FRÈRE JEAN-PIERRE

Faut rester.

Depuis quand on obéit aux armes?


FRÈRE CHRISTOPHE

Paul?


FRÈRE PAUL

Je pense qu'il faut partir...

progressivement.


FRÈRE CHRISTOPHE

Célestin?


FRÈRE CÉLESTIN

Je suis malade.

Je veux partir.


FRÈRE CHRISTOPHE

Luc?


FRÈRE LUC

Partir, c'est mourir.

Je reste.


FRÈRE CHRISTOPHE

Michel?


FRÈRE MICHEL

Personne ne m'attend

nulle part.

Je reste.


FRÈRE CHRISTOPHE

Amédée?


FRÈRE AMÉDÉE

Je ne sais pas encore.

Il faut réfléchir...

... et prier ensemble.


FRÈRE CHRISTOPHE

Moi, je pense

qu'il faut partir.


FRÈRE LUC

Et toi, Christian?


FRÈRE CHRISTOPHE

Je suis d'accord

avec Amédée.

Je trouve qu'il est

prématuré de décider.

Notre secours est

dans le nom du Seigneur.


TOUS

Il a fait

le ciel et la terre.


Les moines se lèvent et partent dans des directions opposées.


Plus tard, CHRISTIAN est dans la nature et contemple les arbres. Il aperçoit un arbre au tronc imposant et en touche l'écorce.


Toujours dans la nature, CHRISTIAN marche parmi un troupeau de moutons.


Plus tard, CHRISTIAN marche seul dans une plaine.


MOINES (Narrateurs)

(Psalmodiant)

Nous ne savons pas

ton mystère ♪

♪ Amour infini ♪

♪ Mais tu as un coeur ♪

♪ Toi qui cherches

le fils perdu ♪

♪ Et tu tiens contre toi

cet enfant difficile ♪

♪ Qu'est le monde des humains ♪

♪ Nous ne voyons pas

ton visage ♪

♪ Amour infini ♪

♪ Mais tu as des yeux ♪

♪ Car tu pleures

dans l'opprimé ♪

♪ Et tu poses sur nous

ce regard de lumière ♪

♪ Qui révèle ton pardon ♪


CHRISTIAN s'arrête au bord d'une étendue d'eau pour prier. Une nuée d'oiseaux vole au loin en cacardant.


À un autre moment, CHRISTIAN est à son bureau et écrit une lettre. Sur la dernière page, il est écrit: «...accordé comme il était promis! Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce merci, et cet adieu envisagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, au paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à nous deux. Amen!» Puis, CHRISTIAN écrit deux mots en arabe et signe la lettre. Il place ensuite la lettre devant lui et joint ses deux mains.


Plus tard, CHRISTIAN et JEAN-PIERRE sont au bureau d'OMAR.


OMAR

Je me demande réellement

ce que va devenir ce pays.

Hier, deux enseignantes

des quartiers nord

ont été retrouvées

mortes chez elles.

Elles expliquaient

à des adolescents

que c'était normal qu'ils

tombent amoureux à leur âge,

qu'ils avaient le droit

de le montrer.

On pense que c'est

une jeune fille de 15 ans

qui les a dénoncées

à des extrémistes.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Nous sommes

aussi tristes que vous.


OMAR

Qu'est-ce que vous en savez?

Moi, c'est mon pays ici.

En plus d'être triste,

je suis fatigué

de ne pas nous voir

devenir adultes.

Et contrairement à ce que

vous pouvez penser,

moi, je dis que c'est

la colonisation française,

ce cambriolage organisé

qui nous a retardés.


OMAR remet une lettre à CHRISTIAN.


OMAR

C'est pour vous.


CHRISTIAN ouvre la lettre. Elle provient du Ministère de l'Intérieur algérien, plus précisément de la Direction générale de la Protection Civile. Elle est datée du 3 janvier 1996 et est à l'attention d'un dénommé Hacene Saadane.


OMAR

Ils ne rigolent plus.

Les consignes deviennent

très sérieuses.


FRÈRE CHRISTIAN

Vous savez bien

que personne d'autre que nous

peut nous décider

à quitter ce pays.


OMAR

Ça m'aurait étonné.

Vraiment étonné.

Mais votre entêtement

devient dangereux.


OMAR se lève et va à sa fenêtre.


OMAR

Regardez ces gens dehors.

Ils sont chez eux,

c'est leur pays.

Ils sont terrorisés

par ce qui se passe.

Ils rêvent tous de partir

avant qu'il ne soit trop tard.

Mais ils n'ont ni le choix

ni les moyens.

Et croyez-moi, ce n'est pas

de la lâcheté de vouloir partir.

C'est juste vouloir

continuer à vivre libre.


OMAR dépose un journal sur la table. À la une, il est écrit: «Une famille de 11 personnes égorgées pendant leur sommeil. La terreur frappe Djelfa.»


OMAR

Si ce n'est pas Fayattia

qui vous tue,

ce sera quelqu'un d'autre.

Nous sommes

dans une période trouble

que personne

ne maîtrise complètement.

Si vous restez,

votre communauté ne sera

qu'un pion parmi d'autres.

Votre sacrifice aura

un arrière-goût de manipulation.


CHRISTIAN et JEAN-PIERRE ne répondent pas.


OMAR

Nous nous connaissons

depuis longtemps.

J'ai de l'estime pour vous

et pour ce que votre communauté

a fait dans ce pays.

Je vous demande

de rentrer en France.


Plus tard, la voiture de CHRISTIAN et JEAN-PIERRE est en panne sur le bord de l'autoroute.


FRÈRE JEAN-PIERRE

On pourrait

peut-être faire ça.


Un groupe de femmes et d'enfants s'approchent de la voiture et examinent le moteur.


FEMME 1

Voilà la voiture.


FEMME 2

Bonjour!


FRÈRE JEAN-PIERRE

Bonjour, bonjour, madame.


FEMME 3

Vous êtes en panne?


FRÈRE JEAN-PIERRE

Oui, en panne. Oui, oui, oui.


FRÈRE CHRISTIAN

Il y a une mécanicienne

parmi vous?


FEMME 1

Non, non.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Mais si vous savez

faire, madame,

je vous en prie, je vous invite.


CHRISTIAN va pour monter dans la voiture.


FRÈRE CHRISTIAN

J'essaye? Jean-Pierre?

Jean-Pierre, j'essaye.


JEAN-PIERRE discute avec les femmes.


FRÈRE CHRISTIAN

J'essaye, non?


CHRISTIAN monte dans la voiture.


FRÈRE JEAN-PIERRE

T'es bien au point mort, là?

T'es au point mort, là?

Vas-y, essaie de démarrer.


CHRISTIAN fait partir le moteur.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Oui, c'est bon, c'est bon.

(S'adressant aux femmes)

Merci beaucoup.


Les femmes s'éloignent.


FRÈRE CHRISTIAN

Au revoir, mesdames.


JEAN-PIERRE et CHRISTIAN montent dans la voiture et saluent les femmes au passage.


À un autre moment, CHRISTIAN, AMÉDÉE et CÉLESTIN discutent avec SIDI LARBI et HADJI. La femme de SIDI LARBI prend également part à la discussion.


FRÈRE CHRISTIAN

Est-ce que vous pensez

que le village

va avoir besoin

de la protection de l'armée?

Parce que...

ils vont revenir un jour.


SIDI LARBI

Ah non, ne parlez pas

de l'armée.

C'est une catastrophe, là.

Non, non,

elle vient pas, l'armée.

La protection, c'est vous.

Parce que ce village,

il a grandi avec le monastère.

Comment s'appelle

le prieur d'avant?

Le, le... Il y a longtemps

de ça, avant la guerre.


FRÈRE CHRISTIAN

Frère Bernard, non?


SIDI LARBI

Non, non, non.

Un autre, un autre, avant.


FEMME DE SIDI LARBI

Ah non, c'était Frère Daniel.


SIDI LARBI

Voilà, c'est lui, c'est lui.

Frère Daniel.

Il a dit à ma mère

qu'il ne faut pas rester ici.

Il faut aller en ville,

parce qu'ici,

il n'y avait plus de travail.

Mais ma mère, elle a fait

jurer à Frère Daniel

qu'il parte pas, mon père.

Parce que ma mère,

elle se sent ici bien, à l'aise.


FRÈRE AMÉDÉE

Oui, mais... nous allons

peut-être partir.


SIDI LARBI

Mais pourquoi

vous allez partir?


AMÉDÉE reste silencieux.


FRÈRE CÉLESTIN

Nous sommes comme

des oiseaux sur une branche.

Nous ne savons pas

si nous devons partir.


Un malaise s'installe.


FEMME DE SIDI LARBI

Les oiseaux, c'est nous.

La branche, c'est vous.

Si vous partez,

on ne saura pas où se poser.


Les moines ne savent quoi répondre.


Plus tard, les moines prient à la chapelle.


TOUS

Pardonne-nous

nos offenses,

comme nous pardonnons aussi

À ceux qui nous ont offensés,

et ne nous soumets pas

À la tentation,

mais délivre-nous du mal.

Amen.


FRÈRE CÉLESTIN

(Psalmodiant)

♪Bénissons le Seigneur ♪


TOUS

(Psalmodiant)

♪ Nous rendons grâce à Dieu ♪


Plus tard, CHRISTOPHE est au jardin. Une des vitres de la petite serre est brisée. CHRISTOPHE arrache les morceaux cassés. À côté de lui, MICHEL place des bûches dans une brouette. MICHEL s’assoit un moment.


À l'intérieur, CHRISTIAN discute avec PAUL.


FRÈRE CHRISTIAN

Tu veux partir, c'est ça?


FRÈRE PAUL

J'ai pensé à partir,

c'est vrai.

Je me demande bien

ce que serait ma vie alors.


FRÈRE CHRISTIAN

Et... ta famille en France,

ils sont inquiets?


FRÈRE PAUL

Je ne sais même pas s'ils sont

au courant vraiment

de ce qui se passe ici.

Moi, je leur ai rien dit.

La dernière fois que je les

ai vus, c'était un peu bizarre.


FRÈRE CHRISTIAN

Qu'est-ce que tu veux dire?


FRÈRE PAUL

Bien...

On a fêté les 80 ans

de ma maman, au restaurant.

J'ai revu tout le monde.

Il y avait mes soeurs,

mes neveux, mes nièces,

ma filleule.

Ça parlait et ça racontait

des histoires et...

ils prenaient des photos.

Ils savent pourtant

que j'aime pas trop ça.

Moi, j'étais là, je les

écoutais, j'étais heureux...

Ils m'avaient mis à côté...

à côté de ma maman.

Et puis en même temps, je...

... j'étais

complètement ailleurs.

Je me disais...

Et si j'arrêtais tout, si...

je peux revenir au pays,

je peux...

... je reprends le métier,

la plomberie,

le conseil municipal,

les pompiers,

la chorale, tout...

Puis en même temps,

je me disais:

Non, c'est pas possible, ça.

Ma vie, elle est là-bas,

elle est...

... enfin, ici, avec vous.


CHRISTOPHE et LUC font la vaisselle.


FRÈRE CHRISTOPHE

C'est bien,

ce qu'il a dit, Christian,

ce matin au chapitre, hein?

Tu trouves pas?


FRÈRE LUC

T'as compris

quelque chose, toi?


FRÈRE CHRISTOPHE

Va te faire foutre.


CHRISTOPHE s'en va.


FRÈRE LUC

Bon...

Il est fatigué.

C'est pas de sa faute.

Ah là là.


Plus tard, LUC place des médicaments dans une petite enveloppe sur laquelle il dessine un soleil avec trois traits à côté et une lune avec deux traits à côté. Il remet l'enveloppe à un homme assis devant lui.


En marchant seul dans le corridor du monastère, LUC a beaucoup de difficulté à respirer. Il entre dans sa chambre en respirant de plus en plus bruyamment.


Plus tard, CÉLESTIN est au chevet de LUC et lui lit un article de journal.


FRÈRE CÉLESTIN

(Lisant à voix haute)

Parce qu'il fut

un temps pas si éloigné

où un pointu français

était une saloperie

et son équivalent irlandais,

une simple manifestation

folklorique.

Un temps où ces diables

d'hommes ne savaient déjà

pas trop faire grand-chose

de leurs dix doigts

et où ils avaient toute

latitude réglementaire

pour emmerder le monde.


CÉLESTIN s'arrête de lire.


FRÈRE LUC

C'est tout?


FRÈRE CÉLESTIN

(Poursuivant sa lecture)

Et si on peut se réjouir

avec M. «brise-cou»

que nos sympathiques visiteurs

n'aient jamais fermé le jeu,

on peut se demander s'ils ne

préféreraient pas dans le fond

les mêlées derviches

et les sombres empoignades

de l'ancien temps.

Celui où les joueurs

se souciaient encore

de ne pas faire...

de vilains vieux.


FRÈRE LUC

Encore un petit peu.


CHRISTOPHE et JEAN-PIERRE sont en voiture. Des soldats bloquent la route, mais font signe aux deux moines de poursuivre leur chemin. CHRISTOPHE et JEAN-PIERRE aperçoivent une voiture au pare-brise éclaté sur le bord de la route, entourée de soldats qui examinent la scène. Deux cadavres se trouvent dans la voiture tachée de sang. Même après avoir passé le barrage, CHRISTOPHE ne peut détacher ses yeux de la scène.


CHRISTOPHE est seul dans la chapelle et s'adresse à Dieu.


FRÈRE CHRISTOPHE

Ah, je peux pas.

Aide-moi, aide-moi.

Aide-moi.


MICHEL et CHRISTIAN entendent CHRISTOPHE hurler depuis leur chambre.


FRÈRE CHRISTOPHE

Aide-moi, s'il te plaît!

Aide-moi!


Dans la chapelle, CHRISTOPHE regarde le ciel en respirant bruyamment. Puis, CHRISTOPHE se calme et termine silencieusement sa prière.


Le lendemain, deux terroristes emmènent un homme blessé au cabinet de LUC. Ils passent devant la file d'attente. Les gens de la file sont forcés de quitter les lieux.


LUC ausculte l'homme blessé. Il a deux plaies au niveau de l'épaule.


FRÈRE LUC

Oh là...

Pas joli, joli, ça, hein?

Ça s'est infecté.

Bon, dis-lui que je vais

faire deux injections.


Le terroriste traduit les propos en arabe au blessé.


FRÈRE LUC

Une antibiotique et l'autre,

contre le tétanos.


Le blessé répond en arabe.


TERRORISTE

Il dit qu'il a mal,

qu'il a besoin de médicaments.


FRÈRE LUC

Oui, oui, je vais

lui donner un calmant.

Bon, allez,

on va nettoyer tout ça.

Voilà.

Ça va aller. Ça va aller.


TERRORISTE BLESSÉ

(Propos en arabe)

Inch'Allah.


Le soir, les moines prient à la chapelle en psalmodiant, penchés par en avant, les yeux fixés sur le sol.


TOUS

(Psalmodiant)

♪ Gloire au Père et au Fils

et au Saint-Esprit ♪

♪ Pour les siècles des siècles ♪

♪ Amen ♪


CHRISTIAN est en chemise de nuit et se rend à la chambre de LUC.


MOINES (Narrateurs)

(Psalmodiant)

♪ Sauve-nous Seigneur ♪

♪ Quand nous veillons ♪

♪ Garde-nous Seigneur ♪

♪ Quand nous dormons ♪

♪ Et nous veillerons

avec le Fils ♪

♪ Et nous reposerons en paix ♪


Dans sa chambre, LUC est endormi devant le livre «Lettres persanes» de Montesquieu. CHRISTIAN retire le livre et les lunettes de LUC et ferme la lumière.


Le lendemain, LUC est au bureau de CHRISTIAN.


FRÈRE LUC

Je suis usé.


FRÈRE CHRISTIAN

Mais Amédée t'aide un peu

quand même, non?


FRÈRE LUC

Ah bien oui, heureusement.

Je sais pas ce que

je ferais sans lui.

J'ai jamais eu autant

de consultations.

J'en suis à 150 par jour,

tu te rends compte?

Des gens viennent de tous

les coins de la région.

Alors, j'ai affaire

à des pathologies nouvelles,

beaucoup d'hypertension,

des gens stressés

et certains en état de choc.

Sans parler des gosses

qui eux, subissent tout ça.


FRÈRE CHRISTIAN

Les gens du village

risquent de parler de...

ces hommes que nous soignons.

Il faut faire attention.


FRÈRE LUC

Christian, pendant

toute ma vie de médecin,

j'ai eu affaire à toutes sortes

de gens très différents,

y compris des nazis

et même le diable.


Une cloche sonne. CHRISTIAN se lève.


FRÈRE LUC

Tu sais, j'ai pas... j'ai pas...

j'ai pas peur, moi,

des terroristes

et encore moins de l'armée.

Je crains pas la mort non plus.

Je... je suis un homme libre.


CHRISTIAN aide LUC à se lever.


FRÈRE LUC

(Blaguant)

Bien, laissez passer

l'homme libre.


Plus tard, de gros camions de l'armée traversent le village. Des soldats patrouillent les rues. CHRISTIAN discute avec un colonel.


COLONEL

Mes hommes l'ont

accroché à un camion.

Ils l'ont traîné

dans toute la ville.

Les gars couraient

de joie derrière.

Heureusement pour lui

qu'il était déjà mort.


FRÈRE CHRISTIAN

Pourquoi vous ne les avez pas

empêchés de faire ça?


COLONEL

Empêché?


FRÈRE CHRISTIAN

Oui.


COLONEL

Beaucoup de personnes

qui étaient dans la foule

ont été victimes des atrocités

qu'il a commises.

De la famille,

des amis sont morts,

beaucoup d'innocents.


FRÈRE CHRISTIAN

C'est indigne.

Aucun être humain ne devrait

subir un tel traitement.


COLONEL

Vous voulez que je vous

raconte sa torture préférée?

Fayattia et tous ceux

de son espèce méritent

aucune compassion.

Je vous trouve très indulgent

avec les terroristes.

Trop indulgent.

Il y a des rumeurs qui courent

comme quoi il avait donné

sa protection au monastère.

Vous les soignez aussi parfois?


FRÈRE CHRISTIAN

Et vous l'avez trouvé où?


COLONEL

Il y a deux jours,

la voiture de Walli a été prise

dans une embuscade vers Tikrit.

Les terroristes

se sont échappés.

On a retrouvé un homme blessé

plus loin. Il se traînait.

Ses amis l'ont abandonné

comme un chien.

Il a même parlé de sa mère.

Il a dit qu'il

s'appelait Fayattia.

Les hommes

l'ont laissé souffrir.

Il est mort alors qu'on voulait

le ramener comme un trophée.


FRÈRE CHRISTIAN

Comment est-ce que

vous pouvez être sûr

qu'il s'agit bien de lui?


COLONEL

Pourquoi vous croyez

que je vous ai fait venir?


Le COLONEL emmène CHRISTIAN dans une petite bâtisse. Il n'y a aucun meuble à l'intérieur, sauf une table où repose un cadavre recouvert d'un linceul. Un soldat soulève le linceul et découvre le visage de FAYATTIA.


COLONEL

Alors?


FRÈRE CHRISTIAN

C'est bien lui, oui.


CHRISTIAN fait un signe de croix et prie silencieusement. Outré, le colonel fait un geste de ras-le-bol avec sa main et s'en va. Le soldat recouvre le visage de FAYATTIA.


SOLDAT

Sortez, allez-y.

Dehors.


À un autre moment, CHRISTIAN et CHRISTOPHE marchent dans la nature.


FRÈRE CHRISTOPHE

Je dors mal.

Le moindre bruit me réveille.

Je repense à ma vie...

... à mes choix.

Quand j'étais enfant,

je voulais être missionnaire.

Mourir pour ma foi, ça devrait

pas m'empêcher de dormir.

Mourir là, maintenant, ici...

... c'est vraiment utile?

Je ne sais plus, je...

J'ai l'impression

de devenir fou.


FRÈRE CHRISTIAN

C'est vrai,

rester ici, c'est...


CHRISTIAN soupire.


FRÈRE CHRISTIAN

... c'est aussi fou

que de devenir moine.

Mais rappelle-toi...

Ta vie, tu l'as déjà

donnée, hum?

Tu l'as donnée

à la suite du Christ,

quand tu as décidé

de tout quitter, ta...

ta vie, ta famille, ton pays,

la femme et les enfants

que tu aurais pu avoir.


FRÈRE CHRISTOPHE

Je ne sais plus

si c'est encore vrai.

Je prie...

Je n'entends plus rien.

Puis je comprends pas.

On est martyrs pour quoi?

Pour Dieu?

Pour être des héros?

Pour montrer qu'on est

les meilleurs?


FRÈRE CHRISTIAN

Non, non, non.

On est martyrs par amour,

par fidélité.

Et la mort...

si elle nous prend,

c'est malgré nous,

parce que jusqu'au bout,

jusqu'au bout,

on va essayer de l'éviter.

Mais notre mission ici,

c'est d'être frères de tous.

Et... rappelle-toi,

l'amour espère tout.

L'amour endure tout.


Les larmes aux yeux, CHRISTOPHE hoche la tête. CHRISTIAN fait une étreinte à CHRISTOPHE.


FRÈRE CHRISTOPHE

Pardon.


CHRISTIAN et CHRISTOPHE retournent au monastère.


Dans la chapelle, les moines psalmodient.


FRÈRE CHRISTIAN

(Psalmodiant)

♪ Comme une terre assoiffée ♪

♪ Me voici devant toi Seigneur ♪


TOUS

(Psalmodiant)

♪ Comme une terre assoiffée ♪

♪ Me voici devant toi Seigneur ♪


FRÈRE CHRISTOPHE

(Psalmodiant)

♪Seigneur entends ma prière ♪

♪ Dans ta justice

écoute mes appels ♪

♪ Dans ta fidélité réponds-moi ♪

♪ N'entre pas en jugement

avec ton serviteur ♪

♪ Aucun vivant n'est juste

devant toi ♪


TOUS

(Psalmodiant)

♪L'ennemi cherche ma perte ♪

♪ Il foule au sol ma vie ♪

♪ Il me fait habiter

les ténèbres ♪

♪ Avec les morts de jadis ♪

♪ Le souffle en moi s'épuise ♪

♪ Mon coeur au fond de moi

s'épouvante ♪


FRÈRE CHRISTIAN

(Psalmodiant)

♪Vite réponds-moi Seigneur ♪

♪ Je suis à bout de souffle ♪

♪ Ne me cache pas ton visage ♪

♪ Je serais de ceux

qui tombent dans la fosse ♪


Plus tard, les moines se réunissent autour d'une table.


FRÈRE CHRISTIAN

Nous avons reçu tellement

de lettres depuis des mois.

Les gens sont inquiets.

Je ne peux plus y répondre seul.

Et puis, il y a aussi

cette journaliste française

qui insiste

pour nous rencontrer.

Je ne sais pas

quoi lui répondre.


FRÈRE CÉLESTIN

Je ne suis pas sûr

que ce soit une bonne idée

de nous exposer davantage

en faisant de la publicité.


FRÈRE CHRISTIAN

Oui, bien sûr, mais... c'est aussi un moyen

pour faire comprendre nos choix.

Pour montrer que dans

cette période dramatique,

pour les gens d'ici, il y a

encore des raisons d'espérer.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Tu sais, l'espérance,

ça n'intéresse pas

vraiment les journalistes.

C'est pas ça

qui les fait bouger.


FRÈRE CHRISTIAN

Mais justement,

c'est peut-être à nous

de les faire bouger.

Bien.

Je vous propose

maintenant de voter

afin de nous assurer que

nous sommes tous bien d'accord.

Qui souhaite partir?


FRÈRE LUC

Moi, je vous ai déjà dit

ma position sur ce sujet et...

mon appel est d'être ici

avec les autres.


FRÈRE AMÉDÉE

Je ne me vois pas partir.


FRÈRE CÉLESTIN

Oui...

Ce serait une impasse

de partir tous.

Je ne suis pas prêt

à partir moi-même.


FRÈRE PAUL

Cette nuit, je pensais

à l'idée de partir

et je suis pas à l'aise avec...

Je suis pas en paix.

Décider, on file comme ça,

ça n'a pas de sens.

C'est pas

notre intérêt personnel

qu'on cherchait en venant ici.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Je continue de penser

que notre mission ici

n'est pas terminée.

Je reste.


FRÈRE MICHEL

J'ai... prié toute la matinée

en faisant la cuisine.

«Le disciple n'est pas

au-dessus de son maître.»

Ce n'est pas le moment

pour moi de m'éloigner.


FRÈRE CHRISTOPHE

«Laissons Dieu

dresser la table ici,

pour tous,

amis et ennemis.»


FRÈRE CÉLESTIN

Et toi, Christian?


FRÈRE CHRISTIAN

«Les fleurs des champs

ne changent pas de place

pour trouver

les rayons du soleil.

Dieu prend soin

de les féconder

là où elles se trouvent.»

Qui souhaite rester?


Un après l'autre, les huit moines lèvent la main.


Plus tard, CHRISTIAN marche sous la pluie battante et regarde au ciel.


Plus tard, CHRISTOPHE écrit dans un cahier. On peut lire: «C'est toi l'ami, c'est toi qui frappes et me demandes abri en moi, tu veux dire une histoire qui m'arrive. Je t'aime.» CHRISTOPHE pleure. Il dépose le cahier à côté d'une petite chandelle.


FRÈRE CHRISTOPHE

Toi...

Tu m'enveloppes,

tu me serres, tu m'entoures.

Tu m'embrasses.

Je t'aime.


Des camions de l'armée arrivent jusqu'au monastère. Des soldats en descendent et encerclent les lieux.


Des soldats procèdent à un contrôle d'identité des femmes faisant la file devant le cabinet de LUC.


SOLDAT

(Propos traduits de l'arabe)

Où tu habites?


FEMME 1

(Propos traduits de l'arabe)

En ville.


SOLDAT 2

(Propos traduits de l'arabe)

Tes papiers


FEMME 2

(Propos traduits de l'arabe)

Je les ai pas.


SOLDAT 2

(Propos traduits de l'arabe)

Où tu habites?


FEMME 2

(Propos traduits de l'arabe)

À côté.


SOLDAT 2

(S'adressant à une troisième femme)

(Propos traduits de l'arabe)

Papiers.


FEMME 3

(Propos traduits de l'arabe)

Je les ai pas.


SOLDAT 2

(Propos traduits de l'arabe)

Où tu habites?


FEMME 3

(Propos traduits de l'arabe)

Au village.


FRÈRE LUC

Bon, dites-moi, vous allez

arrêter ce cirque?

Vous voyez bien que ce sont

des femmes et des enfants

qui viennent

se faire soigner ici.

C'est pas un commissariat

de police.

Safi, baraka,

ça suffit!


Les soldats s'en vont.


FRÈRE LUC

(S'adressant aux femmes)

Non, mais c'est quelque chose.

Asseyez-vous tranquilles là.


FEMME 1

Merci.


FRÈRE LUC

(S'adressant à une autre femme)

Bon, toi, tu viens

avec moi, hein?


Le COLONEL est escorté de ses soldats, devant les portes du monastère. Devant lui se tiennent côté à côte le père de SABBIA, SABBIA, MICHEL, CHRISTOPHE, CHRISTIAN, NOUREDINE et JEAN-PIERRE. Le COLONEL regarde le groupe droit dans les yeux avant de s'en aller.


Dans le monastère, LUC est assis à un pupitre et lit une lettre.


FRÈRE LUC (Narrateur)

Je lisais dernièrement

cette pensée de Pascal:

«Les hommes ne font jamais

de mal aussi complètement

et joyeusement

que lorsqu'ils le font

pour des raisons religieuses.»

Ici, c'est la confusion

et la violence.

Nous sommes

dans une situation à risque.

Mais nous persistons

dans la foi

et la confiance en Dieu.

C'est par la pauvreté,

l'échec et la mort

que nous allons vers Lui.

Des pluies abondantes

et dévastatrices

n'ont pas éteint la violence

qui s'infiltre partout.

Deux parties sont en présence:

l'un veut garder le pouvoir,

l'autre, s'en emparer.

Ils se battent dos au mur.

J'ignore quand

et comment ça finira.

En attendant,

j'accomplis ma tâche:

recevoir les pauvres

et les malades

en attendant le jour

ou l'heure de fermer les yeux,

mon cher ami.

Prie pour moi que ma sortie

de ce monde

se fasse dans la paix

et la joie de Jésus.


LUC prie silencieusement.


Dans la pièce se trouve une reproduction de la toile «Christ à la colonne», du Caravage. LUC place son visage sur le torse de Jésus et ferme ses yeux.


Un hélicoptère de l'armée vole au-dessus du village, dont plusieurs bâtiments sont en ruines.


Les huit moines sont au monastère. Ils entendent l'hélicoptère s'approcher. Le son devient de plus en plus fort. CHRISTIAN se lève et commence à psalmodier.


FRÈRE CHRISTIAN

(Psalmodiant)

♪ La lumière ♪


Tous les moines se lèvent pour chanter avec CHRISTIAN. Ils guettent l’arrivée de l'hélicoptère.


TOUS

(Psalmodiant)

♪ Lumière éternelle ♪

♪ Et source

de toute lumière ♪

♪ Tu fais briller au seuil

de la nuit ♪

♪ La lumière de ton visage ♪

♪ Les ténèbres pour toi

ne sont point ténèbres ♪

♪ Pour toi les nuits

sont aussi claires que le jour ♪


L'hélicoptère s'approche de plus en plus du monastère. Les moines continuent de chanter tout en se serrant les uns contre les autres.


TOUS

(Psalmodiant)

♪ Que nos prières devant toi

s'élèvent comme un encens ♪

♪ Et nos mains

comme l'offrande du soir ♪


Les moines chantent bras dessus bras dessous tandis que l'hélicoptère passe devant le monastère et s'éloigne.


À un autre moment, un moine nommé BRUNO entre au monastère. Les moines l’accueillent chaleureusement. Chacun d'entre eux lui fait une accolade.


FRÈRE CHRISTIAN

Bienvenue, mon ami.


FRÈRE BRUNO

Paul.

Célestin.

Christophe.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Bonjour.


FRÈRE BRUNO

Jean-Pierre.

Amédée.


Plus tard, BRUNO est vêtu d'une toge de moine et vide son sac de voyage.


FRÈRE BRUNO

Des hosties.


FRÈRE CÉLESTIN

Ah, c'est pour moi.

C'est pour nous.


BRUNO remet les hosties à CÉLESTIN.


FRÈRE BRUNO

Célestin.


FRÈRE CÉLESTIN

Merci.


FRÈRE BRUNO

Des médicaments pour Luc.


FRÈRE LUC

Merci. Oh là là,

ça, c'est précieux.


FRÈRE BRUNO

Beaucoup de médicaments.


BRUNO remet un livre à CHRISTIAN.


FRÈRE CÉLESTIN

Tu l'as trouvé?


FRÈRE BRUNO

Voilà, j'ai trouvé

ton bouquin.


FRÈRE CÉLESTIN

Est-ce que c'est le bon?

C'est lui.


BRUNO place un fromage sur la table.


FRÈRE BRUNO

Et le damier.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Le damier.

Oh, dis donc, t'as

des nouvelles de Frère Didier?


FRÈRE BRUNO

Oui, oui, oui. Il te donne

évidemment bien le bonjour.

Et il y a également

une lettre pour toi.

Voilà.


BRUNO remet la lettre à JEAN-PIERRE.


FRÈRE JEAN-PIERRE

Merci.


FRÈRE CHRISTIAN

Bon, dis-moi, comment

s'est passé le voyage?

T'as mis combien de temps?


FRÈRE BRUNO

Bien, écoute,

on a mis beaucoup de temps

pour venir de l'évêché,

au moins trois heures,

et on a eu trois barrages.

Et entre les deux

derniers barrages,

il y avait un bus qui brûlait

sur le bord de la route.

Il y avait encore de la fumée.

Et surtout, ces barrages,

on ne savait pas si c'était

des vrais ou des faux.

Et en arrivant vers ici,

plus on se rapprochait et moins

il y avait de véhicules.


FRÈRE CHRISTIAN

T'as vu beaucoup de soldats?


FRÈRE BRUNO

Près des barrages, évidemment.

Et toujours aussi...

Tout ça très tendu, quoi.

Les soldats, il n'était pas

question de parler avec eux.


Le lendemain, les moines sont dans la cour intérieure du monastère et se préparent à se faire prendre en photo.


FRÈRE AMÉDÉE

Comment on se met?


FRÈRE CHRISTOPHE

Je sais pas, comme on veut.


FRÈRE LUC

Les petits devant.


FRÈRE AMÉDÉE

Christian, Christian,

mets-toi là.


FRÈRE CHRISTOPHE

À côté de toi, Amédée.


FRÈRE CÉLESTIN

Là? Je me mets là?


C'est BRUNO qui prendra la photo.


FRÈRE BRUNO

Vous pouvez

vous resserrer un peu?


Les moines se placent en position pour la photo.


FRÈRE BRUNO

Ça y est.

Attention.


BRUNO prend la photo.


FRÈRE BRUNO

On va en faire une autre?

Vous souriez un peu, quand même.


BRUNO prend une autre photo.


FRÈRE BRUNO

Voilà. Merci.


FRÈRE LUC

Bon, allez, moi, je retourne

à mes occupations.


Plus tard, les moines sont réunis autour d'une table. MICHEL allume un cierge et le place au centre de la table.


FRÈRE CHRISTIAN

J'ai longtemps repensé

à ce moment-là.

Ce moment...

où Ali Fayattia

et ses hommes sont partis.

Après leur départ...

ce qui nous restait à faire,

c'était à vivre.

Et la première chose à vivre,

c'était...

deux heures après,

de célébrer la vigile

et la messe de Noël.

C'est ce que

nous avions à faire.

Et c'est ce que nous avons fait.

Et nous avons chanté Noël.

Et nous avons

accueilli cet enfant

qui se présentait à nous...

absolument

sans défense et...

déjà si menacé.

Et après, notre salut,

ça a été d'avoir toutes ces

réalités quotidiennes à assumer.

La cuisine, le jardin,

l'office, la cloche,

jour après jour.

Et il a fallu

nous laisser désarmés.

Et jour après jour, j'ai...

et je le pense,

nous avons découvert

ce vers quoi

Jésus-Christ nous invite.

C'est... à naître.

Notre identité d'homme

va de naissance en naissance.

Et de naissance en naissance,

nous allons bien

finir nous-mêmes

par mettre au monde cet enfant

de Dieu que nous sommes.

Car l'incarnation pour nous,

c'est de laisser la réalité

filiale de Jésus

s'incarner dans notre humanité.

Le mystère

de l'incarnation demeure

ce que nous allons vivre.

C'est ainsi que s'enracine

ce que nous avons déjà vécu ici

et ce que nous allons vivre,

encore.


À un autre moment, CÉLESTIN préside la messe en lisant un passage de la Bible.


FRÈRE CÉLESTIN

(Lisant à voix haute)

Qui cherchera

à conserver sa vie...

la perdra,

et qui la perdra,

la sauvegardera.

Je vous le dis, cette nuit-là,

deux personnes seront

dans le même lit.

L'une sera prise,

l'autre laissée.

Deux femmes seront ensemble

en train de moudre du grain.

L'une sera prise,

l'autre laissée.

Les disciples lui demandèrent:

«Où dont, Seigneur?»

Il leur répondit:

«Là où il y a un corps,

là aussi se rassembleront

les vautours.»


CÉLESTIN ferme la Bible et la soulève au-dessus de sa tête.


FRÈRE CÉLESTIN

Acclamons la parole de Dieu.


TOUS

Louange à toi,

Seigneur Jésus.


CÉLESTIN distribue les hosties aux autres moines.


FRÈRE CÉLESTIN

Le corps du Christ.


FRÈRE LUC

Amen.


FRÈRE CÉLESTIN

Le corps du Christ.


FRÈRE PAUL

Amen.


Plus tard, les moines sont dans la salle à manger. Avant leur repas, CHRISTIAN fait le bénédicité.


FRÈRE CHRISTIAN

Seigneur, béni sois-tu

pour ce repas

qui nous rassemble en frères.

Maintenant et...


CHRISTIAN aperçoit LUC arriver avec deux bouteilles de vin dans ses mains.


FRÈRE CHRISTIAN

... pour les siècles

des siècles.


TOUS

Amen.


LUC insère une cassette dans un magnétophone. C'est «Le lac des cygnes» de Tchaïkovski qui joue. LUC pose les bouteilles de vin sur la table et se rend à sa place. Les moines s'assoient pour manger. Tous ont le sourire aux lèvres en buvant leur vin, puis leur sourire s'estompe tranquillement à mesure que la musique devient plus intense. Leur mine devient maintenant grave. Ils ont maintenant les larmes aux yeux, puis retrouvent le sourire peu à peu. Seuls LUC et CHRISTIAN conservent leur air grave.


La nuit venue, un groupe de terroristes débarque d'un camion devant le monastère. L'un d'eux se rend au cabinet de LUC et défonce la porte du placard à médicaments à coups de hache. Il vole ensuite des médicaments.


En ouvrant une des portes, un des terroristes tombe face à face avec CHRISTIAN. Il lui lance des ordres en arabe.


TERRORISTE

Allez, dépêche-toi!


FRÈRE CHRISTIAN

Oui. Oui.


TERRORISTE

(S'adressant à un autre terroriste)

C'est lui.


En entendant les terroristes, AMÉDÉE se cache sous son lit.


Dans sa chambre, PAUL fait un signe de croix. Un terroriste entre dans sa chambre.


Un terroriste braque son fusil sur CHRISTOPHE, le forçant à s'habiller.


Des terroristes emmènent CHRISTIAN hors de sa chambre.


TERRORISTE

Vite, dépêche-toi!


Un des terroristes trouve BRUNO dans sa chambre.


TERRORISTE

(Propos traduits de l'arabe)

Vite, habille-toi.

Allez!


FRÈRE BRUNO

J'y arrive pas.


Les moines sont entassés dans un camion à l'extérieur du monastère.


BRUNO est traîné dans le corridor. Il aperçoit CÉLESTIN.


FRÈRE BRUNO

Célestin!


TERRORISTE

Avance, avance! Allez, vite.


LUC se fait traîner dans le corridor par deux terroristes.


FRÈRE LUC

Je vous dis

de ne pas me presser!

Faites attention

à ces médicaments.

Vous savez, c'est pas pour vous,

c'est pour les enfants, ça.

C'est très précieux.

Mais ne me bousculez pas!

Ça suffit comme ça.

On se calme, là. On se calme.


LUC est amené dans le camion par les terroristes. Le camion et les autres véhicules s'en vont. Une fois seul, AMÉDÉE sort de sous son lit. Il pleure.


AMÉDÉE sort dehors et regarde la porte grande ouverte de la cour du monastère. Il aperçoit JEAN-PIERRE, qui n'a pas été capturé par les terroristes. Les deux hommes se font une étreinte.


Plus tard, les moines capturés sont détenus dans une cellule.


FRÈRE PAUL

Je suis Frère Paul,

moine au monastère de l'Atlas.

Et je suis en bonne santé.


FRÈRE CÉLESTIN

Je suis Frère Célestin.

J'ai 63 ans...

moine au monastère

de l'Atlas.

Je suis en bonne santé.


TERRORISTE

À toi, Luc.


FRÈRE LUC

Ah bien...

Moi, je m'appelle Frère Luc,

le... monastère de l'Atlas, oui.

J'ai entendu...

l'information de médias.

Et là, je suis pris en otage

avec mes collègues

par la Jamaa...

Comment ça s'appelle?


TERRORISTE

Islamiya.


FRÈRE LUC

Jamaa Islamiya, oui. C'est ça.

Voilà.


TERRORISTE

À toi, Christian.


Le terroriste place un enregistreur devant CHRISTIAN. CHRISTIAN récite un texte qu'il lit sur un papier.


FRÈRE CHRISTIAN

«Dans la nuit du jeudi

au vendredi,

les moudjahiddin

nous ont lu le

bayân

de la Jamaa Islamiya

Moussalaha

dans lequel...»


TERRORISTE

Signé par...


FRÈRE CHRISTIAN

«Signé par

Abou Abderrahmane Amine,

dans lequel il est dit que

nous sommes retenus en otage

et il est demandé

au gouvernement français

de libérer un certain

nombre d'otages

appartenant à ce groupe

en échange

de notre libération,

cet échange étant

une condition absolue.»


FRÈRE CHRISTIAN

(S'adressant aux moines)

Vous avez entendu, hein?


FRÈRE LUC

Oui.


Le terroriste laisse les moines dans leur cellule. Les moines restent silencieux.


FRÈRE CHRISTIAN (Narrateur)

S'il m'arrivait un jour,

et ça pourrait

être aujourd'hui,

d'être victime du terrorisme

qui semble vouloir

englober maintenant

tous les étrangers vivant ici,

j'aimerais que ma communauté,

mon Église, ma famille

se souviennent

que ma vie était

donnée à Dieu et à ce pays.


De la neige tombe en poudrerie sur le cimetière du monastère, ainsi que sur le monastère lui-même.


FRÈRE CHRISTIAN (Narrateur)

Qu'ils acceptent que le Maître

unique de toute vie

ne saurait être étranger

à ce départ brutal.

Qu'ils sachent

associer cette mort

à tant d'autres

aussi violentes,

laissées dans l'indifférence

de l'anonymat.

J'ai suffisamment vécu

pour me savoir complice du mal

qui semble hélas

prévaloir dans le monde

et même de celui-là

qui me frapperait aveuglément.

Je ne saurais souhaiter

une telle mort.

Je ne vois pas en effet

comment je pourrais me réjouir

que ce peuple que j'aime

soit indistinctement

accusé de nos meurtres.

Je sais le mépris dont on a pu

entourer les habitants

de ce pays, pris globalement.

Je sais aussi

les caricatures de l'islam

qu'encourage

un certain islamisme.

Ce pays est l'islam.

Pour moi, c'est autre chose.

C'est un corps et une âme.

Ma mort, évidemment,

paraîtra donner raison à ceux

qui m'ont rapidement traité

de naïf ou d'idéaliste.

Mais ceux-là doivent

savoir que je serai enfin libéré

de ma plus lancinante

curiosité et que je pourrai,

s'il plaît à Dieu,

plonger mon regard

dans celui du Père,

pour contempler avec lui

ses enfants de l'islam

tels qu'il les voit.

Dans ce merci où tout est dit,

désormais de ma vie,

je vous inclus bien sûr,

amis d'hier et d'aujourd'hui...


À l'intérieur, le monastère est complètement vide.


FRÈRE CHRISTIAN (Narrateur)

...et toi aussi,

l'ami de la dernière minute,

qui n'aura pas su

ce que tu faisais.

Oui, pour toi aussi,

je le veux, ce merci

et cet adieu

envisagé de toi.

Et qu'il nous soit donné

de nous retrouver,

larrons heureux,

en paradis, s'il plaît à Dieu,

notre Père à tous deux.

Amen. Inch'Allah.


Les moines capturés se font emmener par les terroristes sur un sentier enneigé. CHRISTIAN tient LUC par le bras, pour l'aider à avancer.


FRÈRE CHRISTIAN

Ça va?


FRÈRE LUC

Oui.


Le groupe s'enfonce en file indienne dans la brume neigeuse. Ils disparaissent peu à peu dans le brouillard.


Texte narratif :
Christian, Luc, Christophe, Célestin, Paul, Michel et Bruno ont été tués le 21 mai 1996. L'identité de leurs meurtriers et les circonstances de leur mort demeurent toujours un mystère. Amédée est mort le 27 juillet 2008, Jean-Pierre est toujours vivant, il a maintenant 86 ans.


Générique de fermeture


Une chanson joue pendant le générique de fermeture.


CHOEUR DES MOINES

♪ Ô Père des lumières ♪

♪ Lumière éternelle ♪

♪ Et source

de toute lumière ♪

♪ Tu fais briller

au seuil de ma vie ♪

♪ La lumière de ton visage ♪

♪ Les ténèbres pour toi

ne sont point ténèbres ♪

♪ Pour toi les nuits

sont aussi claires que le jour ♪

♪ Que nos prières devant toi

s'élèvent comme un encens ♪

♪ Et nos mains

comme l'offrande du soir ♪

♪ Ô Père des lumières ♪

♪ Lumière éternelle ♪

♪ Et source

de toute lumière ♪

♪ Tu fais briller

au seuil de ma vie ♪

♪ La splendeur du Ressuscité ♪

♪ Nous n'avons plus besoin

de lune ou de soleil ♪

♪ Nous avançons

à la lumière de l'Agneau ♪

♪ Que nos prières devant toi

s'élèvent comme un encens ♪

♪ Et nos mains

comme l'offrande du soir ♪


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